Une belle diversité de papillons de jour accueil atlas ↑

Les papillons de jour sont considérés comme de bons indicateurs de l'état de conservation de milieux ouverts ou semi-ouverts tels que les bois clairs, les prairies et les landes. La Brie des Morin abrite une dizaine d'espèces considérées comme menacées en Ile-de-France. Les populations des vallées des Morin sont parmi les dernières d'Ile-de-France pour le cuivré des marais Lycaena dispar, le cuivré fuligineux Lycaena tityrus, l'Azuré des Anthyllides Cyaniris semiargus, et la Lucine Hamearis lucina.


Biologie et écologie.

Le vaste ordre des lépidoptères rassemble tous les papillons. Ce sont les fines écailles qui recouvrent leurs ailes un peu à la manière des tuiles d'un toit qui le caractérisent (en grec, lépi- signifie écaille et -ptère désigne les ailes).

Il est souvent scindé en deux grands groupes : les rhopalocères d'une part, qui ont tous une activité uniquement diurne et que l'on reconnaît à la petite massue qui termine leurs antennes, et les hétérocères d'autre part qui sont très majoritairement nocturnes, et dont les antennes ont une forme différente (avec quelques exceptions, dont les zygènes qui ont des antennes en massue allongée et sont bien des hétérocères).

Une chrysalide. C'est dans cette enveloppe que la métamorphose se déroule.

Les papillons sont des insectes à métamorphose complète : les organes des larves sont entièrement réorganisés lors du passage de la larve (la chenille) à l'adulte, si bien qu'il ne va pas de soit qu'il s'agit du même animal.

Le cycle annuel est variable selon les espèces. Certaines ne produiront qu'une génération d'adultes chaque année, d'autres pourront en produire jusqu'à trois ou quatre à notre latitude où l'hiver interrompt leur activité. Le stade qui devra affronter la saison froide diffère également en fonction de l'espèce. Il peut s'agir des oeufs, des chenilles, des chrysalides, ou bien des imagos (stade adulte).

Les chenilles  de chaque espèce de papillons de jour consomment une ou quelques plantes bien précises. Les imagos sont moins exclusifs lorqu'ils recherchent du nectar bien que certaines préférences soient fréquentes.

Certaines chenilles entretiennent des liens plus ou moins étroits avec des fourmis. La plupart des espèces de la famille des Lycaenidae sont dans ce cas, la relation peut être facultative ou non selon les espèces. Différents organes permettent aux chenilles d'excréter d'une part des substances chimiques permettant d'inhiber l'agressivité des fourmis, et d'autre part une sorte de miellat sucré dont les fourmis sont friandes. Elles viennent le collecter comme elles le font avec les pucerons. Quelques espèces vont encore plus loin, notamment dans le genre Phengaris (anciennement Maculinea) puisque les chenilles parviennent à se faire transporter dans la fourmilière sans être dévorées. Elles sont alors nourries par les fourmis en échange de la sorte de miellat précédemment évoqué.

Chenillles et imagos sont consommés par de nombreux prédateurs parmi les oiseaux, les mammifères, les insectes et les araignées. Les chenilles sont ciblées par de nombreux insectes parasitoïdes souvent discrets. Il s'agit d'insectes dont les larves se développent en se nourrissant des organes des chenilles, qui survivent généralement jusqu'au développement complet de leurs « invités ».

Les habitats utilisés sont diversifiés, chaque espèce ayant ses préférences. Ils doivent comprendre un accès aux rayons du soleil, des abris permettant aux oeufs, larves, chrysalides ou imagos de survivre à l'hiver, les plantes hôtes consommées par les chenilles, et suffisamment de fleurs nectarifères en période de vol des adultes. D'autres facteurs influent sur la présence des espèces. Ils peuvent concerner notamment les aspects climatiques, la nature et le recouvrement du sol, la présence ou non d'une végétation arbustive, etc.

Les corridors biologiques permettant le déplacement des imagos et le contact entre différents noyaux de population d'une même espèce constituent un autre élément essentiel de l'habitat.

Le pâturage extensif permet de maintenir des milieux ouverts favorables aux papillons.

Il existe des liens étroits entre les activités humaines et les papillons. Depuis les débuts de l'agriculture, en défrichant des forêts, les humains ont créé et maintenu d'abord des clairières puis des prairies et pâtures favorables aux papillons, se substituant à l'action des grands herbivores sauvages tel que l'aurochs.

Sur l'ensemble de la France, l'évolution des pratiques agricoles, surtout depuis les années 1950, a profondément modifié la nature des prairies. Elles sont aujourd'hui fréquement semées et donc composées d'une flore très appauvrie. Lorsqu'elles ne sont pas semées, elles sont souvent amendées par différents fertilisants afin d'augmenter leur productivité, ce qui tend aussi à en appauvrir la flore. Du fait de l'augmentation de la productivité, les fauches sont aujourd'hui plus nombreuses et plus précoces, ce qui, là encore est défavorable aux papillons et aux insectes en général. Les herbicides, insecticides et fongicides constituent une autre menace pour la faune et la flore sauvages, tout particulièrement avec certaines pratiques que nous avons observées telle que le debroussaillement de haies vives ou de mares à l'herbicide !

En Brie des Morin, les prairies naturelles et plus généralement les surfaces en herbe se sont considérablement raréfiées, particulièrement au cours des 70 dernières années. La carte d'état-major du 19ème siècle donne des indications intéressantes sur l'utilisation du sol vers 1850. Les prés et vergers étaient omniprésents au fond des vallées du Petit-Morin et du Grand-Morin et aussi bien présents sur le plateau d'où ils ont presque totalement disparu.

La carte d'état major (1820 - 1866) [consultation sur le géoportail - accès à la légende] Note: d'autres couches sont facilement accessibles avec ce lien, notamment les cartes IGN de 1950 et les photos aériennes 1950-1965.

Les prairies naturelles qui subsistent sont donc investies d'une forte valeur patrimoniale, tout particulièrement dans le cadre d'un Parc Naturel Régional où elles constituent aussi un témoignage du passé. Elles jouent un rôle fondamental pour le maintien des populations de nombreuses espèces d'insectes. Elles sont cependant souvent menacées par l'abandon de toute pratique agricole qui conduit à l'installation progressive de la forêt.

Les jardins peuvent constituer d'excellent refuges à papillons. Il suffit pour cela de ne pratiquer qu'une seule fauche annuelle, entre mi-juillet et mi-mars, dans une partie du jardin suffisamment ensoleillée que l'on fréquente peu. On pourra séparer l'espace choisi en deux ou trois parties afin de diversifier les dates de fauche, qui favorisent des espèces différentes. Même sur des sols perturbés, la flore locale se reconstituera au fil des ans, et vous apportera de multiples opportunités d'observation.

Les bords des routes, chemins et ruisseaux jouent un rôle fondamental comme voies de circulation pour la faune sauvage. Les papillons, mais aussi beaucoup d'autres insectes, s'y aventureront plus volontiers si les fleurs sont abondantes. Lorsqu'il n'y a pas d'autre impératif, la pratique d'une seule fauche annuelle entre mi-juillet et mi-mars améliore la fonctionnalité biologique de cette végétation. Idéalement, les dates de fauches seront décalées en alternance sur différents tronçons du linéaire, afin d'étaler les dates de floraison.

 

Répartition sur le territoire, état des connaissances

Au total, 94 espèces de rhopalocères ont été observées au moins une fois en Ile-de-France au cours des 20 dernières années. Une vingtaine d'autres espèces n'ont pas été revues depuis plus de vingt ans et sont considérées comme disparues de la région.

En Brie des Morin, 59 espèces ont été observées ces dernières années.

Quelques témoignages datant de la première moitié du 20ème siècle ont pu être retrouvés. Ils sont rares pour de multiples raisons : les lépidoptéristes étaient peu nombreux, les transports moins pratiques qu'aujourd'hui, l'information n'était pas centralisée et certains témoignages se sont perdus avec le temps, etc... Ils sont cependant précieux car ils documentent la présence ancienne de six espèces qui semblent aujourd'hui avoir disparu du territoire de la Brie des Morin :

  • Le gazé Aporia crataegi
  • Le Grand Sylvain Limenitis populi
  • L'Echiquier Carterocephalus palaemon
  • Le Damier de la Succise Euphydryas aurinia
  • Le Damier du Frêne Euphydryas maturna
  • Le Mélibée Coenonympha hero

Les prospections récentes ont surtout été effectuées dans la vallée du Petit-Morin, où les connaissances sont assez bonnes. Les vallées du Grand-Morin et de ses affluents, ainsi que les coteaux de la vallée de la Marne sont moins bien explorés bien que la présence de plusieurs espèces menacées soit avérée.

Les cortèges les plus diversifiés se retrouvent essentiellement dans les prairies naturelles, majoritairement situées dans les vallées.

 

Enjeux à l'échelle du Parc Naturel Régional en projet

En Ile-de-France, la Liste Rouge régionale témoigne d'un déclin important des papillons de jour. Entre 1994 et 2014, 135 espèces de rhopalocères et zygènes ont été recensées dans la région. Parmi elles 123 ont pu être évaluées. Après évaluation, 18 espèces (13%) apparaissent comme disparues de la région et 33 autres espèces (24%) sont considérées comme menacées à l'échelle régionale (12 menacées, 11 en danger, et 10 en danger critique d'extinction).

Le territoire du PNR en projet a une responsabilité particulière pour la conservation de plusieurs espèces menacées à l'échelle régionale. La Brie des Morin abrite même les dernières populations régionales de deux d'entre elles, le Cuivré des marais et l'Azuré des Anthyllides.

Relativement faciles à inventorier, les rhopalocères sont de bons indicateurs de la richesse et de la fonctionnalité de milieux ouverts. Les observations réalisées ces cinq dernières années confirment l'intérêt majeur du réseaux de milieux prairiaux subsistant dans les vallées et sur les coteaux. Le maintien des populations nécessite aussi la préservation, la gestion adaptée, et parfois le renforcement de corridors biologiques (bords des routes, des chemins et des cours d'eau) afin de permettre le déplacement des individus nécessaire au brassage génétique des populations.

Une participation au programme STERF (Suivi Temporel des Rhopaloèces Commun) permettrait de suivre l'évolution des populations d'espèces communes à l'échelle de la Brie des Morin. L'Observatoire Agricole de la Biodiversité s'intéresse également aux papillons de jour. Il a été mis en place par le Muséum national d’histoire naturelle et le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation pour mieux identifier les causes précises du déclin constaté et il rassemble plus de mille agriculteurs qui effectuent des relevés naturalistes.  L'article de présentation de ce programme décrit objectifs et méthodes, puis mentionne les premiers résultats obtenus.

 

Documents:


Liste des espèces observées en Brie des Morin

papilionoidea

  • 1 - Amaryllis (L')
  • 2 - Argus bleu-nacré (L')
  • 3 - Aurore (L')
  • 4 - Azuré de la Bugrane (L')
  • 5 - Azuré des Anthyllides (L')
  • 6 - Azuré des Coronilles (L')
  • 7 - Azuré des Nerpruns (L')
  • 8 - Azuré du Trèfle (L')
  • 9 - Azuré porte-queue (L')
  • 10 - Bel-Argus (Le)
  • 11 - Belle-dame
  • 12 - Carte géographique (La)
  • 13 - Céphale (Le)
  • 14 - Citron (Le)
  • 15 - Collier-de-corail (Le)
  • 16 - Cuivré commun (Le)
  • 17 - Cuivré des marais (Le)
  • 18 - Cuivré fuligineux (Le)
  • 19 - Demi-Deuil (Le)
  • 20 - Fadet commun (Le)
  • 21 - Flambé (Le)
  • 22 - Fluoré (Le)
  • 23 - Gamma (Le)
  • 24 - Grand mars changeant (Le)
  • 25 - Grande Tortue (La)
  • 26 - Hespérie de l'Alcée (L')
  • 27 - Hespérie de la Houque (L')
  • 28 - Hespérie de l’Ormière (L')
  • 29 - Hespérie du Chiendent (L')
  • 30 - Hespérie du Dactyle (L')
  • 31 - Lucine (La)
  • 32 - Machaon (Le)
  • 33 - Mégère (La)
  • 34 - Mélitée du Plantain (La)
  • 35 - Myrtil (Le)
  • 36 - Nacré de la Ronce (Le)
  • 37 - Paon-du-jour (Le)
  • 38 - Petit Mars changeant (Le)
  • 39 - Petit Nacré (Le)
  • 40 - Petit Sylvain (Le)
  • 41 - Petite Tortue (La)
  • 42 - Petite Violette (La)
  • 43 - Piéride de la Rave (La)
  • 44 - Piéride du Chou (La)
  • 45 - Piéride du Lotier (La)
  • 46 - Piéride du Navet (La)
  • 47 - Point de Hongrie (Le)
  • 48 - Souci (Le)
  • 49 - Sylvaine (La)
  • 50 - Tabac d'Espagne (Le)
  • 51 - Thécla de l'Orme (La)
  • 52 - Thécla de l'Yeuse (La)
  • 53 - Thécla de la Ronce (La)
  • 54 - Thécla du Bouleau (La)
  • 55 - Thécla du Chêne (La)
  • 56 - Thécla du Prunier (La)
  • 57 - Tircis (Le)
  • 58 - Tristan (Le)
  • 59 - Vulcain (Le)