Les syrphes, indicateurs de l'état des milieux accueil atlas ↑

Les syrphes nous renseignent sur la diversité et l'état des micro-habitats présents dans un paysage. Plusieurs espèces emblématiques ont été identifiées sur le territoire du Parc Naturel Régional, certaines sont considérées comme menacées. Les larves d'une proportion remarquable de ces espèces vivent dans les cavités des troncs ou d'autres micro-habitats des vieux arbres vivants. Quelques autres sont liées aux prairies non amendées.Prairies naturelles dans lesquelles il n'y a pas d'apport de fertilisants.


Biologie et écologie

La famille des Syrphidae appartient à l'ordre des diptèresordre d'insectes comprenant les mouches, moustiques, taons, moucherons, ... 150.000 espèces sont à ce jour décrites dans le monde., l'un des plus diversifiés parmi les insectes. Il s’agit de mouches au sens large (sous-ordre des brachycères). Beaucoup d'espèces de cette famille ressemblent à différents hyménoptèresordre d'insectes comprenant notamment les abeilles, fourmis, frelons, guêpes, ... 130.000 espèces sont à ce jour décrites dans le monde. tels que les abeilles, les bourdons, ou les guêpes. Ce mimétisme a un rôle dissuasif, il vise à paraître dangereux auprès de prédateurs tels que les oiseaux. La forme des antennes, souvent très courtes, et la présence de balanciers en remplacement d'une deuxième paire d'ailes sont de bons indices pour distinguer les diptères des hyménoptères. Les syrphes se distinguent des autres diptères essentiellement par une (fausse) nervure caractéristique sur leurs ailes, la vena spuriaépaississement simulant une nervure caractéristique des syrphes. Le vol est caractéristique chez de nombreuses espèces, avec des vols stationnaires entrecoupés de déplacements très rapides.

En région Ile-de-France, 216 espèces de syrphes sont actuellement (2020) connues, dont 72 sur le territoire du projet de Parc Naturel Régional de la Brie et des deux Morin, où il reste certainement beaucoup à découvrir.

Les adultes se nourrissent essentiellement de nectar, visitent donc les fleurs qui doivent être suffisamment abondantes, et sont des pollinisateurs efficaces. Les fleurs des cornouillers, ronces, troënes, rosiers et ombellifères sont, parmi d'autres, propices à l'observation de nombreuses espèces de syrphes.

Les larves ont des modes de vie variés et vivent dans des micro-habitats d'une grande diversité. La composition du cortège d'espèces présentes en un lieu est un bon indicateur de l'état de l'écosystème.

  • Les larves de nombreuses espèces sont prédatrices de pucerons et capables de limiter le développement des populations de leurs proies que l’on sait particulièrement prolifiques. Les larves de nos syrphes les plus communs, présents jusqu'en ville dans les jardins fleuris, ont ce mode de vie. Certaines espèces de syrphes s’accommodent des pucerons disponibles, d’autres sont spécialisées et ciblent une ou quelques espèces bien précises, par exemple liées à un arbre d'une essence déterminée, ou s’abritant dans tel type de galleExcroissance produite par la plante se développant autour de certains de ses parasites. Exemple:. Plusieurs espèces vivent dans des nids de fourmis du genre lasius pour profiter de pucerons de racinesPlusieurs espèces de pucerons vivent principalement dans le sol, sur les racines, les rhizomes et les bulbes de différentes plantes. que les fourmis élèvent.

  • Un vieux charme autrefois taillé en têtard.
    Les larves d'autres espèces se développent dans les parties endommagées d'arbres vivants de différentes essences. La présence des larves est souvent liée à des écoulements de sève dus à différents types de blessures de l’écorce. Il peut s'agir de zones colonisées par des larves de coléoptères ou de lépidoptères xylophages dont les forages provoquent des coulées de sève qui se mélangent à leurs déjections. Ce milieu permet un développement abondant de micro-organismes, bactéries et champignons notamment, qui pourraient constituer l'essentiel de la nourriture des larves.
  • Les cavités dans les troncs, branches et racines des vieux arbres, où s'accumulent des matières organiques en décomposition, sont habitées par les larves de plusieurs espèces. Les cavités abriteront des espèces différentes selon la présence de certains champignons, le niveau de l’eau, la quantité et la nature des matières en décomposition, et d’autres facteurs.
  • Quelques espèces forent le bois mort partiellement décomposé des branches, troncs, ou racines. Le bois doit encore être dur pour certaines espèces, ou au contraire déjà mou pour les autres.
  • Certaines larves vivent dans l'eau plus ou moins chargée en matières organiques, dans des tourbières, des mares, et d'autres milieux aquatiques. Selon les espèces, la teneur en matières organiques pourra être relativement faible, comme notamment dans les tourbières, ou au contraire très forte, quelques espèces pouvant même se développer dans du lisier ou dans une fosse septique.
  • Les larves de plusieurs espèces s'alimentent au détriment de plantes ou de champignons, par exemple en forant les bulbes de liliacées, en minant les feuilles de certaines plantes, ou en creusant des tiges ou des racines. Les larves peuvent être spécialisées sur une espèce végétale ou quelques espèces d'un même genre, ou bien largement polyphages, s'accommodant de plantes diverses.
  • D'autres encore vivent dans les nids d’insectes sociaux tels que les guêpes, bourdons et fourmis. Selon les espèces, les larves de syrphes pourront vivre au détriment de la colonie, par exemple en dévorant le couvainEnsemble des œufs, larves et nymphes dans les ruches, nids de guêpes ou de frelons, fourmilière et termitière., ou bien contribuer à son nettoyage lorsqu’elles ont un régime principalement détritivore et s’alimentent des débris et cadavres produits par la colonie d'hyménoptères.

 

Répartition sur le territoire, état des connaissances

La carte de synthèse ci-dessus montre le nombre d'espèces observées par commune ou par carré de deux kilomètres de côté sur le territoire du projet de Parc Naturel Régional. En juin 2021, un total de 72 espèces a été identifié dans ce périmètre (et 6 autres sont probables mais pas identifées avec certitude). Le carré qui se distingue sur la carte, avec 58 espèces observées, s'explique en partie par un effort de prospection plus poussé, qui n'est pour autant certainement pas parvenu à l’exhaustivité. Les autres bases de données publiques (notamment celle de l'INPN et celle du Gbif) ne contiennent que peu de données complémentaires à celles qui sont présentées ici.


Melanostoma scalare, une espèce commune dans les jardins.

Les syrphes les plus communs sont présents à peu près partout sur le territoire, et le fait que sur la carte certains carrés de 2km ne contiennent aucune observation, y compris dans des secteurs boisés d'une certaine naturalité, est un autre indicateur d'un manque de connaissances.

Plusieurs découvertes remarquables encouragent cependant à d'autres prospections.

Le manque de connaissances est aussi à prendre en compte pour l'interprétation des cartes présentées dans les fiches espèces.

 

Enjeux à l'échelle du Parc Naturel Régional en projet

Les connaissances sur la présence et la répartition des espèces et populations sont encore parcellaires, ce qui rend difficile la définition et la hiérarchisation d'enjeux. vingt espèces déterminantes Znieff ont cependant été recensées sur le territoire du projet de Parc Naturel Régional, notamment dans la vallée du Petit-Morin qui a bénéficié de quelques prospections ciblées. Plusieurs de ces espèces sont liées aux vieux arbres où les larves se développent, plus particulièrement dans les cavités plus ou moins remplies d'eau et de matières organiques en décomposition, ainsi que dans les coulées de sève occasionnées par différents types de blessures.

Ce type d'habitat est fréquent dans les « trognes », ces charmes - ou parfois chêne et peut-être d'autres essences - autrefois taillés en têtard qui constituent une des particularités de nos paysages.

 

Sources:


Liste des espèces observées en Brie des Morin

syrphidae